Clément Sérack
Roman | Nouvelle | Poésie
Les autres
Jean-Paul Sartre disait que « l’enfer c’est les autres »
Ainsi je me déclare l’un de ses apôtres
Les autres…
A tous ceux qui critiquent, et n’ont jamais agi
Aux millions d’amnésiques qu’arrange l’oubli
Partisans de l’affront, de la haine gratuite
De la provocation au désir sans limite
A tous ceux qui paraissent, et n’ont jamais été
Aux milliers d’orgueilleux déjà sacralisés
Aux hommes héroïques, que le peuple réclame
Sans même plus savoir pourquoi il les acclame
A tous ceux qui doivent en cause tout remettre
Aux centaines violant les lois comme les êtres
Aux moqueurs, aux menteurs, aux voleurs, j’ai bien peur
Que jamais vous ne puissiez mourir sans douleur
A tous ceux qui sont ignorants, désespérants
Aux milliards de gens détestables, insupportables
Incompétents, stupides, insolents, insatiables
A vous, tout l’univers, qui m’êtes répugnant
A vous qui, pour la haine, vous dites son apôtre
A vous qui entendez ce texte, à vous les autres
Jean-Paul Sartre vous dit, dans sa sagacité
Que « quand on est idiot, mieux vaut rester couché ».
Prix spécial Jean l'Anselme de l'humour
Concours Poésie en liberté 2020
Olympie moderne
Lors des Jeux Olympiques, s’affrontaient sur la piste
Des dieux recouverts d’huile et vêtus comme Adam
Cuisant sous le soleil et finissant saignants
C’était mon Olympie d’antan.
Rien n’a changé jusqu’à présent
À Paris j’aperçois encore quelques sophistes
Les Jeux seront épiques, de moins en moins antiques
Mais plus que jamais authentiques.
À vos marques, prêts,
Ne partez pas
J’aimerais rêver plus longtemps.
Au lieu d’être occupés par une guerre à Sparte
Nous trouverons le temps de créer des pancartes
Pour nos valeurs et nos couleurs
Pour ceux qui foulent le terrain
Pour ceux qui nous apprennent
À être citoyens.
Prix spécial Sport & Poésie
Concours Poésie en Liberté 2023
Litanie du banquet
J’ai ouvert à celui qui frappait pour entrer
Alors que je n’attendais aucun invité
Il m’embrasse et pénètre mon intimité
J’aurais pu lui demander son identité
Le démon se délecte
Mon âme est un festin
Il fait de moi l’infect
Un don qui ne vaurien
Le diable est carnivore
Il sent l’ingratitude et déjà la dévore
La bestiale attitude a trouvé le bon porc
Je suis la garniture
Préférée de l’ordure
Sous son couteau tranchant
Il me veut plus saignant
Ô prenez et mangez car ceci est un corps
Que le malin érode
Au début de l’exode
Mon cœur implore qu’on l’exauce
Le serpent nage dans la sauce
Il ne sait pas que cette essence
Est une vague d’innocence
Qui pourrait vivre et le noyer
En rémission de ses péchés
Et tandis que Satan
Massacre un innocent
J’écris en souriant
Mon nouveau testament
Lauréat du concours d'écriture de l'ESSEC 2022
& sélection officielle du jury Poésie en Liberté 2023
Tirade virale
Ô toi ! Ô Corona ! Ô sale pandémie !
Vas-tu me pourchasser tous les jours de ma vie ?
Dois-je laver mes mains toutes les dix minutes ?
Je n’avais pas prévu de rendre au gel un culte
Le masque que longtemps les Français réclamaient
Une fois au visage, suscite le rejet
Et quand l’attestation est désir de contraindre
La balade en plein air est un besoin d’enfreindre
Mais il fallait réanimer en premier lieu
La définition de l’adjectif « impérieux »
Ô cruel souvenir de notre liberté !
Cadeau de toute une vie en un jour déchiré !
Avant j’avais le droit d’embrasser le présent
Je le vois désormais courir allègrement
Ainsi que mes voisins s’improvisant sportifs
C’est d’un autre virus qu’ils deviennent captifs
On me supplie de ne plus leur serrer la main
Mais jamais cette idée à l’esprit ne me vint
Le jour de gloire est arrivé
Le onze mai
Et puis la deuxième vague, et le reconfinement
Nous allons nous noyer, dans cet enfermement
Et peut-être qu’un jour, le vaccin sera là
Afin d’exterminer en douceur Corona.
Dialogue avec le Temps
« Ô Temps, toi qui domines, toi qui règnes sur tout
Toi qui trop insensible, n’a que faire de nous
Cesseras-tu un jour d’entretenir l’angoisse
Qui tourmente mon cœur quand je vois que tu passes ?
Je veux te réclamer tous ceux que tu m’a pris
Leur sommeil éternel est ton crime commis
Contre les hommes dans un abus de pouvoir
Je te hais, responsable de mon désespoir.
Et contre toute attente, on ne peut qu’avancer
Parfois je suis épris de regrets du passé
Je vis des souvenirs, je rêve du futur
Brusque réalité, tu es cette césure. »
« Poète tourmenté, je comprends ta douleur
Tu n’es pas le premier à m’exposer tes pleurs
Mais n’est-ce pas moi qui donne sens à ta vie
La finitude qui t’abrite de l’ennui ?
J’ai vu naître Mélancolie dans des siècles lointains
Ma fille a embrassé vos âmes si fragiles
Horace vous donna pourtant l’idée habile
De cueillir le jour sans penser au lendemain.
La vie doit s’écouler, mais souris, rends-toi compte
Que chaque goutte d’eau de la rivière compte
Nages-y sans regret, sans crainte d’âge en âge
Et je te comblerai jusqu’au dernier rivage. »
Stopperas-tu ta course ?
Stopperas-tu ta course, voyageur transilien
Apercevant ces vers que dans l’empressement
Tu d’habitude fuis dans ces longs souterrains
N’ayant d’autre dessein que de gagner du temps ?
Jamais d’autre surprise que l’appel du vibreur
Pour un rien, d’autre envie que monter dans ton train
Chaque jour, menant sans détour au lendemain
Inchangé, de nos vies qui perdent leur saveur.
On répond trop souvent qu’on le fera plus tard
Mais désormais mes mots ont capté ton regard
Aujourd’hui tes yeux ont découvert Poésie
Mais demain c’est à toi que je laisse le choix
Préféreras-tu suivre, le rêve des mots rois
Ou la course effrénée que t’impose la vie ?
La muse
Elle est divine femme et restera toujours
L’unique dans mes rêves, l’élue de mon amour
Dès que je pense à elle, à mes yeux se dessine
Son visage radieux au parfum d’aubépine.
J’hume cette senteur venue d’un autre monde
Où nous voyons passer des saisons vagabondes
Sur l’herbe je l’écoute, le temps passe si vite
Sur le sable l’amour, je le crois sans limite.
Quand nous nous embrassons jusqu’au lever du jour
Qui dévoile à mes yeux l’éclat de ses contours
Nous jouissons sans penser à demain de la vie
Qui nous avait promis pour destin l’utopie
Si seulement la muse, dont j’étais amoureux
N’avait pas devant moi détourné ses beaux yeux.
L’examen
Je passe l’examen comme mes camarades
Sauf que mon âme est bien la seule qui s’évade
Mon regard dérivant n’est pas pour truander
C’est plutôt le reflet d’un ennui professé
Parfois je ne sais pas ce que je dois répondre
Mais pour autant je ne crois pas que se morfondre
Et verser tant de larmes soit la solution
Tu n’avais qu’à bosser pendant les révisions
Etes-vous de ceux dont l’angoisse
Prend le dessus à toute épreuve
Ou de ceux que Confiance embrasse
Ne voulant jamais rester veuve ?
Je n’ai rien contre la physique
Ni même les mathématiques
Mais quand j’ai fini ma copie
Je rédige une poésie
La rime du matin
J’ai toujours été romantique
Parfois l’on me dit pathétique
J’écoute le vent passager
Et l’on m’appelle l’attardé.
Je fais partie de ces gens là
Qui sont un peu dans l’autrefois
Quand je repense à mon enfance
On me rappelle à l’existence.
Suis-je donc le seul amoureux
Des mots passants vite à vos yeux ?
L’unique qui, devant l’abîme
N’a d’autre souci que la rime ?
Suis-je le seul à croire que
L’univers n’est que vaniteux ?
A être inspiré par le mal
Ou devrais-je dire, la vie normale ?
Suis-je poète ou charlatan
Si mes mots valent de l’argent ?
Je n’ai pourtant d’autre besoin
Qu’atteindre chaque lendemain.
Quel est donc le sens du Poète ?
Je n’en sais rien, pour être honnête
Je n’ai qu’un rêve, trouver enfin
La simple rime du matin.
Quand reverrai-je ?
Heureux qui comme Alice
A fait un beau virage
Ou comme celle-là
Qui fit la noire à fond
Et puis est retourné
Plein de satisfaction
Vivre entre ses parents dans le chalet d’alpage.
Quand reverrai-je, hélas, de ma jolie station
Tourner le télésiège, et en quelle saison ?
Reverrai-je le câble des télécabines
Qui supporte le poids de ma semaine alpine ?
Plus me plaisent les courbes de la piste bleue
Que le fourbe verglas des murs plus disgracieux
Et plus que la poudreuse, me plaît la neige fine.
Plus raclette et fondue, que steak au quotidien
Plus les sommets de Miage, que le Mont Valérien
Et plus que la discorde, l’harmonie des clarines.